L’erreur la plus commune, et la plus coûteuse, pour un artiste musicien, est de vouloir incarner dès les premiers pas une star grand public. Sortir un titre et en attendre les mêmes retombées qu’un artiste rodé, soutenu par une armée de fans, relève souvent de la chimère. Pourtant, nombreux sont ceux qui, par comparaison, poursuivent ce mirage toute une vie, cultivant frustrations et discours aigris envers ceux qui dominent le marché.

La véritable construction artistique commence par un retour sur soi, une évaluation lucide de son potentiel, une quête exigeante de sa propre identité. C’est ce terreau intime qui permet de développer un personal-branding authentique et de forger une identité sonore singulière, en harmonie avec son univers visuel. Avant de courir après un public, il faut se rencontrer soi-même.

Et quand je dis “notre public”, c’est qu’il existe bien avant la notoriété large, surtout lorsqu’on ne compose pas une musique dite populaire. Ce noyau initial, ces premiers auditeurs sensibles à notre univers, sont la clé. Il est donc stratégique de trouver sa niche, définir un espace où nos valeurs, nos goûts et nos couleurs résonnent chez un groupe précis de consommateurs. Une niche n’est pas un renoncement, c’est un socle. Elle offre à tout artiste, populaire ou non, une communauté fidèle, dévouée, qui permet de planifier des concerts et des tournées avec une visibilité minimale sur leurs retombées.

Or, trop d’artistes au Gabon et dans notre sous-région se contentent de participer à des spectacles collectifs, à des festivités culturelles ou à des événements traditionnels. Très peu osent travailler avec des structures professionnelles pour bâtir des calendriers artistiques cohérents et prendre des risques, comme le ferait tout entrepreneur digne de ce nom. Cette frilosité nous empêche de mesurer avec précision notre impact réel et notre contribution au développement culturel de nos pays. Nous en venons à tout attendre de shows étatiques, où l’investissement est souvent à sens unique, sans retour tangible ni évaluation sérieuse.

Tout est lié. L’absence d’une ambition claire, chiffrée et stratégique, finit par brider les rêves. Elle transforme les potentiels innovateurs en mécontents, qui finissent par se fondre, à contrecœur, dans un moule qui les étouffe.

Le conseil est donc le suivant , en tant qu’artiste, cherche d’abord ton propre chemin. Forme-toi en continu. Entoure-toi de compétences complémentaires. Apprends, avec eux, à vendre ce que toi seul peux mettre en bouteille. Trouve le public qui te correspond en essence, pas en apparence. C’est avec ce public-là, engagé et authentique, que tu construiras une popularité aux bases solides, bien plus résistante qu’un succès éphémère qui ne dure que le temps d’une saison.

C’est un travail d’architecte, non de loterie. Et c’est précisément ce travail qui, à terme, donne à l’artiste sa liberté, sa pertinence et sa pérennité.

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