À l’origine du mouvement Hip Hop, il y a le Deejay. Il en est le socle, le diffuseur, le premier promoteur et le gardien de l’histoire. Travailler avec un Dj n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour un rappeur. Pour choisir les productions, pour affûter sa présence sur scène, pour ancrer son art dans la vérité de cette culture.
Au début de ma carrière, une confusion planait chez nous, au Gabon, dans l’identification des légendes venues d’ailleurs. Elle venait des pochettes de cassettes et de vinyles, où s’affichaient des duos mythiques : ERIC B and RAKIM, JAZZY JEFF and the FRESH PRINCE, ou encore les pionniers comme KOOL HERC et GRAND MASTER FLASH. Pour nous, jeunes passionnés qui déchiffrions mal cette culture lointaine, nous croyons, naturellement, que le premier nom était celui du rappeur, du MC, de la star. Alors certains ont rêvé du nom d’ERI B, persuadés d’honorer un grand lyriciste.
Ce n’est qu’avec le temps, en creusant, en lisant, que nous avons saisi la vérité historique, à l’origine, c’était le Dj qui était l’attraction, et le rappeur l’accompagnait. Cette révélation a tout changé. Elle replaçait le Dj au centre, là où tout avait commencé.
Quand j’ai débuté, la chance m’a souri, j’ai intégrer un groupe, RAABOON, qui avait son Dj. DJ ZANGBETO fut bien plus qu’un grand frère, un éducateur, un manager, un directeur artistique. L’architecture de notre succès, c’est à lui que nous la devons. Plus tard, en solo, j’ai travaillé avec DJ TUCH, solide et fidèle, qui a tenu les platines du RAABONN entant que deuxième Dj sur nos routes et sur le début de ma carrière solo, avec une constance de roc.
Puis vint un tournant, en 2009. Tuch suivait sa propre voie, et je me suis retrouvé sans Dj. C’est alors que mes oreilles, un soir, ont été captivées dans un club de Libreville, le NO STRESS. On y passait du son pur, dur, essentiel, du PHARAOHE MONCH, du TALIB KWELI, du WU-TANG, du ONYX. Une sélection qui parlait à mon âme, qui venait de celui qui maniait les platines ce soir-là, DJ FLÉO.
Sa culture musicale était vaste, son feeling précis. Nous nous sommes rencontrés, et après deux semaines de résidence, une alchimie immédiate s’est opérée. Notre premier grand test fut au ART ALIVE FESTIVAL à Johannesburg. Sur la scène du BASSLINE à Melville, accompagnés de K’Prime comme Backeur et de Lopez et Memphis comme danseurs, nous avons livré l’une des performances les plus intenses de ma carrière. Fléo, aux commandes, n’était pas un simple technicien, il était le pilote, l’architecte sonore, le souffle rythmique qui portait chaque parole.
Depuis ce jour, notre chemin n’a plus cessé de se tracer ensemble. De Cape Town à Paris, de Brazzaville à Tunis, nous avons partagé les scènes et des moments inoubliables. Souvent, après nos shows, on venait le voir. On lui proposait des contrats, des résidences, on tentait de le retenir dans ces villes lointaines. Son talent était une évidence pour tous, un aimant. J’ai moi-même dû refuser des dates – en Chine, au Maroc, ailleurs, lorsqu’on me demandait de me produire sans lui. Pour moi, ce n’était plus une option. Il faisait partie du tableau, essentiel.
DJ Fléo, c’est aussi l’homme derrière des playlists pour MTV BASE Africa et RFI. Le producteur de mixtapes sous sa structure Hip Hop Sans Frontières. Le co-organisateur d’événements qui ont fait vibrer Libreville. L’artiste du mix, dont la science dépasse le simple enchaînement de morceaux.
Ce récit est un hommage. À l’un des plus grands Dj que j’ai eu l’honneur de côtoyer. Ma plus grande fierté ? Voir les yeux des autres artistes s’illuminer, émerveillés, lors de ses performances à l’étranger. Ces moments où tu réalises que tu marches aux côtés d’un monument, dont ton propre pays ne mesure peut-être pas encore toute l’ampleur du talent.
Quelques anecdotes, pour la postérité, rire.. La première fois à Port-Gentil, la rumeur a couru que Ba’Ponga était arrivé avec un Dj américain. Et dans certains aéroports, les agents de douane le prenaient pour la star, lui toujours si stylé, face à moi, souvent plus sobre. Le monde voyait en lui ce que je savais déjà.
2026 est une année spéciale, un chapitre à part. Et aujourd’hui, je profite de ces mots pour te dire merci. Merci au Dj que j’ai eu la chance d’« accompagner » à ma manière depuis plus de seize ans. Merci à toi, mon associé. Merci, mon collègue. Merci, mon frère.
Ta joie contagieuse et ton sens de l’humour, autant que tes mixes, ont illuminé nos soirées, nos séances de travail acharnées, et nos après-midi en famille avec le staff. Je rends grâce au Seigneur d’avoir fait se croiser nos routes.
Que cette nouvelle année qui s’ouvre pour toi soit remplie de lumière, de beats puissants et de bénédictions. Que Dieu te garde, te protège et te continue en santé.
Car au-delà de l’hommage personnel, il y a un message crucial, surtout ici, dans notre Gabon, le Dj n’est pas un accessoire. Il est la colonne vertébrale, la mémoire vivante et le propulseur de notre culture Hip Hop. Trop peu, chez nous, comprennent encore son importance fondamentale. Trop peu l’intègrent pleinement dans l’aventure artistique.
Mon histoire avec Fléo en est la preuve vivante. Et ce témoignage est là pour le rappeler, à lui, et à tous.
À toi, DJ FLÉO. Avec tout mon respect et toute mon affection.

Bonjour monsieur l’animal
Vraiment merci pour l’enseignement le partage et la sagesse Que Dieu te guide et te donne plus de force.