Au Gabon, et particulièrement à Libreville, il est fréquent d’entendre qu’il n’existe pas de véritables salles de spectacle. Cette plainte, récurrente depuis des décennies, alimente commentaires et débats. Mais une question essentielle demeure, savons-nous précisément ce qu’est une salle de spectacle, et comment en tirer parti ?

Par définition, une salle de spectacle est un lieu spécialement conçu et équipé pour accueillir un public et lui présenter des représentations artistiques vivantes. Sa fonction première est de créer une rencontre entre les artistes, présents sur scène, et le public, installé dans la salle, pour partager une expérience collective et éphémère.

Au Gabon, il semble que beaucoup aient pour référence des infrastructures prestigieuses comme l’Olympia ou le Zénith de Paris, ou encore le Palais de la Culture d’Abidjan. En se comparant à ces modèles, certains en viennent à affirmer que Libreville ne dispose d’aucune salle. Pour dépasser ce lieu commun et objectiver le débat, j’ai conçu et proposé en 2022, dans le cadre d’Iboga Think Tank, une grille d’analyse basée sur des critères fonctionnels. L’objectif était simple, identifier quels lieux du Grand Libreville pouvaient valablement accueillir du spectacle vivant.

Voici les critères retenus :

  • Une estrade ou un podium pour la performance des artistes.
  • Une fosse pour accueillir le public, avec ou sans sièges.
  • Des issues de secours distinctes de l’entrėe principale.
  • Au moins une loge et des coulisses.
  • Un guichet de billetterie.
  • Des équipements anti-incendie.
  • Un parking.
  • Un bar (si possible).
  • Une pièce de stockage pour le matériel.
  • Une régie pour le son et la lumière.

En appliquant cette grille, notre étude a recensé pas moins de douze lieux dans le Grand Libreville répondant à ces critères et donc susceptibles d’accueillir le spectacle vivant. De la salle de la SETRAG à Owendo, au Tapis Royal de l’Anj Empire à Akanda, en passant par les salles polyvalentes de Ntoum ou de Bikélé, l’offre existe, bien que méconnue. Les résultats de cette étude, menée par Iboga Think Tank, ont été officiellement remis à l’UNESCO et au Conseiller du Président de la République, Paul KESSANI, qui en ont pris acte.

Je suis convaincu que notre priorité devrait être de rendre fonctionnels et bénéfiques les équipements dont nous disposons déjà, aussi modestes puissent-ils paraître. C’est en démontrant la viabilité et l’utilité de ces salles existantes que nous attirerons les investisseurs privés pour construire des infrastructures plus ambitieuses. Parallèlement, il est crucial d’apprendre à prendre soin de ce patrimoine en développant les métiers qui l’accompagnent, régisseurs, techniciens, administrateurs de salles…

Prenez l’exemple de Paris, on y trouve un réseau dense de salles de 100, 200 ou 300 places qui tournent à plein régime. Ce sont ces espaces qui permettent aux artistes émergents de se perfectionner, de gagner en notoriété et de construire leur public avant d’accéder à des scènes plus grandes. Pourquoi ne pas adopter cette même logique de progression au Gabon ? Qu’est-ce qui nous en empêche, sinon nos propres préjugés et une certaine frilosité ?

En voyant les efforts engagés sous l’impulsion du Président de la République, une grande salle verra très probablement le jour. Il appartiendra alors à la communauté artistique et au public de s’en emparer pour en faire un outil vivant et utile à tous. En attendant, œuvrons à valoriser l’existant et à bâtir, pas à pas, un écosystème culturel solide et durable.

2 comments on “Avant de clamer qu’il n’y a pas de salles de spectacle au Gabon, savons-nous seulement ce que c’est, et comment s’en servir ?

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